LâarchevĂȘque de Paris ne mĂąche pas ses mots aprĂšs le dernier avis rendu par le ComitĂ© consultatif national dâĂ©thique (CCNE). L’ancien mĂ©decin juge que lâembryon nâest plus protĂ©gĂ© par la loi qui cĂšde Ă la volontĂ© du plus fort.
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Quel regard portez-vous sur lâavis du CCNE qui recommande lâouverture de la PMA aux couples de femmes et la libĂ©ralisation de la recherche sur lâembryon ?
Ces deux points se rejoignent. Ceux qui sont sans-voix demeurent sans-voix. La France refuse toujours de statuer sur lâembryon alors que dâautres pays lâont dĂ©jĂ fait. Lâembryon nâest pas protĂ©gĂ© par la loi ; il nâa pas mĂȘme droit Ă la parole. Une larve de scarabĂ©e dorĂ© est certainement mieux protĂ©gĂ©e aujourdâhui quâun embryon humain ! Au lieu de protĂ©ger le plus faible, ce qui est sa mission normalement, le droit se met aujourdâhui au service de la volontĂ© du plus fort. Nous avons tous Ă©tĂ© un embryon Ă un moment donnĂ©. Nous Ă©tions totalement dĂ©pendants de la volontĂ© de nos parents. Mais une chose est de dĂ©pendre de nos parents, qui nous ont accueillis avec amour, et une autre dâĂȘtre Ă la merci dâune volontĂ© coercitive.
Au lieu de protĂ©ger le plus faible, le droit se met aujourdâhui au service de la volontĂ© du plus fort.
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En quoi cette logique de domination est-elle présente dans la PMA ?
De quel droit les parents font-ils peser sur leurs enfants leur dĂ©sir ? Demain, ils voudront choisir aussi leur morphologie !? En libĂ©ralisant la PMA, nous sommes en train de crĂ©er des souffrances futures. Jâai constatĂ© que les jeunes chrĂ©tiens de cette gĂ©nĂ©ration sont plus sĂ©rieux et plus pieux que ceux de la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente. Quand on les Ă©coute en confession, on perçoit quâils portent en eux les dĂ©chirures de cette sociĂ©tĂ© « liquide » dont parlent les sociologues. Une sociĂ©tĂ© dont les relations ne sont ni stables ni fiables.
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En demandant aux médecins de répondre à des demandes sociétales, ne modifie-t-on pas leur rÎle ?
On veut transformer les mĂ©decins en prestataires de services. Autrefois, le mĂ©decin et son patient entretenaient une vraie relation, avec la possibilitĂ© pour le premier de refuser de soigner (sauf urgence) et pour le second de changer de mĂ©decin. Aujourdâhui, la relation a disparu. Seul demeure un dĂ©sir individuel auquel le mĂ©decin doit se soumettre.
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Lâordre des mĂ©decins se dit pourtant favorable Ă la PMA pour les femmesâŠ
Autrefois, lâordre des mĂ©decins dĂ©fendait une certaine forme de dĂ©ontologie. Le mot « dĂ©ontologie » vient du grec deontos, ce qui doit ĂȘtre. Le serment dâHippocrate Ă©tait ordonnĂ© au bien du malade et comportait une liste dâactes que les mĂ©decins se refusaient de poser. Lâordre des mĂ©decins a perdu cette capacitĂ©. Quand jâentends son prĂ©sident dire : « Nous nâavons pas Ă faire de morale », cela veut dire que la dĂ©ontologie a disparu puisque la dĂ©ontologie et la morale sont une seule et mĂȘme chose.
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Le CCNE ne semble pas du tout tenir compte des avis exprimĂ©s lors des Ătats GĂ©nĂ©raux de la bioĂ©thique. Pourquoi ?
On peut effectivement se poser la question de savoir Ă quoi ont vraiment servi ces Ătats GĂ©nĂ©raux !? PrĂšs de 80% des personnes ont exprimĂ© leur opposition Ă la PMA. Pourquoi organiser une telle concertation si on ne tient aucun compte de ses rĂ©sultats ?
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Le CCNE est-il fidĂšle Ă sa mission dâorigine ?
Le comitĂ© dâĂ©thique a Ă©tĂ© instituĂ© au dĂ©part comme une entitĂ© indĂ©pendante de sages, autour du professeur Bernard. Celui-ci avait la rĂ©putation dâĂȘtre un sage, mais aussi un esprit libre. Aujourdâhui, force est de constater quâune majoritĂ© de membres du CCNE sont choisis parce quâils pensent la mĂȘme chose que le gouvernement ! Le CCNE nâest plus vraiment un comitĂ© de sages dont on peut attendre une parole indĂ©pendante et libre. Il existe cependant des voix divergentes, courageuses, grĂące auxquelles cela ne ressemble pas trop Ă une dĂ©mocratie Ă lâafricaine.
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Que peuvent faire les fidÚles catholiques qui ont joué le jeu des débats de bioéthique et qui se sentent floués ?
Les fidĂšles vivent la mĂȘme chose que les Ă©vĂȘques⊠Nous avons menĂ© un important travail de rĂ©flexion pour informer les politiques et les citoyens, dont notre derniĂšre dĂ©claration « La dignitĂ© de la procrĂ©ation » est un des fruits. Cependant, il est peut-ĂȘtre possible que la dĂ©termination du gouvernement ou du Parlement sera telle que notre parole ne sera pas entendue. Ceci dit, nous avons posĂ© une parole, et cette parole demeurera toujours. Personne ne pourra nous reprocher de nâavoir rien dit.
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Vous dĂ©fendez une parole prophĂ©tique des Ă©vĂȘques, mais quelle est la valeur dâune parole qui ne produit pas de rĂ©sultats tangibles au niveau lĂ©gislatif ?
Notre parole continue Ă faire son chemin. Elle passe de conscience en conscience, de pensĂ©e en pensĂ©e. Un jour prochain, lâopinion publique se rendra compte que nos alertes Ă©taient lĂ©gitimes. La vĂ©ritĂ© a toujours le dernier mot. Quand Pilate demande Ă JĂ©sus, « quâest-ce que la vĂ©rité », JĂ©sus ne lui rĂ©pond pas. Câest maintenant que nous comprenons la vĂ©ritĂ© du Christ. Nous continuerons donc Ă parler sans nous faire dâillusion. Notre parole est pareil au grain de blĂ© qui tombe en terre ; il meurt mais pour porter beaucoup de fruits. Si ma parole nâest pas entendue aujourdâhui, je crois quâelle portera du fruit avec la grĂące de Dieu.
Notre parole est pareille au grain de blé qui tombe en terre ; il meurt mais pour porter beaucoup de fruits.
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Pour hĂąter un retournement de lâopinion, faut-il se mobiliser dans la rue comme le demande La Manif pour tous ?
Les chrétiens pourront agir en tant que citoyens pour se manifester ou manifester tout court. Il existe de nombreuses possibilités pour engager une action citoyenne.
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Des parlementaires demandent la suppression de la clause de conscience des mĂ©decins pour lâIVG. Ătes-vous inquiet ?
Je crois vraiment que tout Etat qui touche Ă la libertĂ© de conscience sâappelle une dictature.
