HOMELIES

Retrouvez dans cette page les dernières homélies.

Homélie du 16ème dimanche du temps ordinaire – 18 Juillet 2021

Le Seigneur nous invite au repos dans l’Évangile que nous venons d’entendre, le repos du corps et sans doute aussi du repos de l’âme et de l’esprit, après la première mission réalisée par les apôtres.

Ce repos suppose, d’après Jésus, de venir à l’écart dans un endroit désert. Pour se reposer, il faut toujours se mettre à distance de tout ce qui fatigue, qu’il s’agisse de fatigue physique ou de fatigue morale.

Le psalmiste, dans le psaume 22 que nous connaissons bien, psaume de confiance, disait presque la même chose : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. »

Nous pouvons nous demander en quoi consiste « ces prés d’herbe fraîche ». La fin du psaume nous donne une indication, quand il dit : « Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. » Le pré d’herbe fraîche pourrait bien être l’Église. Et que trouvons-nous dans l’Église qui nous fasse bénéficier d’un vrai repos ?

L’oraison d’ouverture de cette messe présente les choses de manière un peu différente :

« Sois favorable à tes fidèles, Seigneur, et, dans ta bonté, multiplie pour eux les dons de ta grâce, afin que, brûlant de charité, de foi et d’espérance, ils soient toujours vigilants pour garder tes commandements. »

Si nous gardons les commandements, ne sommes-nous pas dans ce pré d’herbe fraîche, à l’intérieur de l’Église ? Saint Jean dit : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. » Jn 14, 21.

Et nous savons combien aimer et être aimé est une force reposante, que Dieu nous donne.

Il y a de mauvais bergers, le prophète Jérémie nous le rappelait ; le Seigneur lui-même veut les combattre et les remplacer. Il est, lui, et lui seul, le seul Berger, le vrai Berger, le Bon Berger, celui qui prend soin de ses brebis, de son peuple, c’est-à-dire de toute l’Église et de chacun d’entre nous.

Comment brûler de charité, de foi et d’espérance, si nous ne prenons pas le temps de nous mettre à l’écart, d’être, de demeurer avec le Seigneur ? Le bon berger ne dit pas : « Allez à l’écart dans un endroit désert » mais « Venez à l’écart dans un endroit désert », sous-entendu : venez me rejoindre, venez avec moi, reposez-vous près de moi, et vous trouverez pour vous le repos. Cette communion avec le Seigneur, cette herbe fraîche sur laquelle nous pouvons nous poser et nous reposer, c’est le champ de l’Église dans laquelle nous trouvons tout ce que Dieu veut nous donner pour notre salut, pour notre bonheur. « Je n’ai de repos qu’en Dieu seul » Ps 61, 2.

Mais le pré d’herbe fraîche n’est pas seulement le confort du repos, c’est aussi la nourriture ! « Il m’a placé dans un lieu de pâturage » pour « me nourrir », dit saint Augustin, commentant ce psaume 22. Me nourrir de la nourriture qu’est la Parole toujours fraîche et vivante du Seigneur. Tout ce qui est vivant a besoin de nourriture. Même au repos, nous sommes vivants et devons être nourris !

La nourriture dont nous avons besoin, c’est la Parole de Dieu, la Parole du Seigneur, sur laquelle nous pouvons nous poser et nous reposer, parce qu’elle vient nourrir notre intelligence, notre cœur, notre foi, notre espérance, notre charité et nous établir dans la paix. Elle vient combler nos besoins fondamentaux.

Qui plus est, à cette table que le Seigneur prépare pour nous, il n’y a pas que sa Parole. Nous y trouvons aussi les deux sacrements que nous pouvons recevoir fréquemment et qui viennent nous donner, nous redonner, augmenter la grâce dans nos vies. Les eaux de la grâce nous font revivre si, bien sûr, nous venons y puiser. Cette grâce amplement suffisante, disait le Christ à saint Paul il y a deux dimanches, cette grâce débordante, nous disait saint Paul dimanche dernier, elle est inépuisable, elle ne manquera jamais. Ce qui manque, c’est la foi pour y puiser !

Un temps de repos avec le Seigneur n’est-il pas un temps favorable pour célébrer l’Eucharistie, pour célébrer le sacrement de la réconciliation ? Une fois, plusieurs fois, autant de fois que la grâce nous y appelle, tant la répétition est gage de progrès, tant ces sacrements sont liés entre eux : l’un ne va pas sans l’autre ! L’amour authentique de l’Eucharistie nous pousse à célébrer souvent le sacrement de la réconciliation. La confession nous aide à profiter davantage des grâces offertes dans l’Eucharistie. Notre vie ne peut pas être réconfortée, ne peut pas être pacifiée, unifiée, ni fortifiée, si nous ne puisons pas davantage aux sources de la grâce. Découvrons ou redécouvrons la grâce immense de la communion quotidienne et de la confession fréquente qui faisaient le bonheur et la fécondité des saints.

Le pré d’herbe fraîche, dans la maison du Seigneur, c’est encore l’enseignement de l’Église, les dogmes de la foi, les textes des conciles et des saints, toute une richesse théologique et spirituelle accumulée au long des siècles, dont nous pouvons nous nourrir aussi. Le temps du repos n’est-il pas propice à une relecture de nos vies et à la lecture d’un livre bienfaisant ?

Nourrir notre intelligence et notre âme des belles vérités de la foi, de l’Espérance et de la charité est salutaire et reposant, pour nous qui sommes bousculés en tous sens par les réseaux sociaux, harcelés par la propagande et les manipulations des médias, accablés par les mensonges, offensés par le chantage à la liberté.

N’est-il pas significatif que le Bon Berger, Jésus lui-même, devant les foules « déboussolées », désorientées et sans doute fatiguées d’avoir couru jusqu’à lui, se mette à les instruire longuement… longuement…

Que le Seigneur nous donne la grâce de nous reposer … longuement … à son écoute.

La poésie, quand elle se fait prière, invite au repos :

Mon Dieu, source sans fond de la douceur humaine,

je laisse en m’endormant couler mon cœur en Vous

comme un vase tombé dans l’eau de la fontaine

et que Vous remplissez de Vous-même sans nous.

En Vous demain matin je reviendrai le prendre

plein de l’amour qu’il faut pour la journée. O Dieu,

il n’en tient guère, hélas ! Vous avez beau répandre

vos flots en lui, jamais il n’en garde qu’un peu.

Mais renouvelez-moi sans fin ce peu d’eau vive,

donnez-le-moi dès l’aube, au pied du jour ardu

et redonnez-le-moi lorsque le soir arrive,

avant le soir, Seigneur, car je l’aurai perdu.

O Vous de qui le jour reçoit le jour sans trêve,

par qui l’herbe qui pousse est poussée en la nuit,

qui sans cesse ajoutez à l’arbre qui s’élève

l’invisible hauteur qui dans l’air le conduit,

Donnez à mon cœur faible et de pauvres limites,

mon cœur à si grand’peine aimant et fraternel,

Dieu patient des œuvres lentes et petites,

donnez à chaque instant mon amour éternel.

Marie Noël

Les chants de la merci ; III ; prière.

Homélie pour le dimanche de la Pentecôte (2021)

« Tous furent remplis d’Esprit Saint. »

« Tous », ce sont les Apôtres, avec Marie, quelques femmes et quelques frères qui étaient en prière (Ac 1, 14).

« Tous », c’était l’Église, dans sa manifestation au monde, dans son épiphanie. Ce n’était pas l’Église dans sa conception, ni sa gestation mais dans sa naissance, et par conséquent, dans son apparition aux yeux du monde.

« Tous furent remplis d’Esprit Saint ».

En ce jour de Pentecôte, c’est notre désir, c’est notre prière : être à notre tour, dans l’Église et par l’Église, « remplis d’Esprit Saint ».

Le Père, nous le savons, donne l’Esprit « sans mesure » (Jn 3, 34) à son Fils pour qu’Il nous l’envoie, pour qu’Il le répande en nos cœurs. La générosité divine ne connaît pas de limites. Alors n’en mettons pas : ouvrons notre cœur, disons un grand « oui » à Dieu, un grand « oui » à l’Esprit Saint.

Tant pis, ou tant mieux, si la venue de l’Esprit Saint nous met une grande claque comparable à un violent coup de vent, ou nous brûle entièrement. Les Apôtres ont été transformés en cette fête et ils s’en trouvèrent bien ; que nous le soyons aussi ! Et nous nous en trouverons bien.

Tant pis, ou tant mieux, si la conduite de notre vie nous échappe dorénavant. « Puisque l’Esprit est votre vie, laissez-vous conduire par l’Esprit. » C’est notre but, c’est notre désir, c’est la vie chrétienne, tout simplement : vivre de l’Esprit Saint, être conduits par l’Esprit Saint.

Nous devrions toujours prier avec foi dans l’espérance de cette transformation de notre vie, pour qu’elle soit encore plus chrétienne. Ne mettons pas de limites à l’action de Dieu dans notre vie. Évitons de mettre des obstacles. N’ayons pas peur de ce que Dieu veut faire en nous, de nous. N’ayons pas peur d’être appelés par Dieu à une vie autre, différente, finalement meilleure : une vie arrachée à ses conditionnements inutiles, une vie qui échappe à nos prévisions, à nos programmations et dont nous acceptons de perdre en grande partie la maîtrise. Heureux ceux qui se laissent conduire par l’Esprit Saint : ils vivent déjà de la béatitude éternelle !

Prions pour nous-mêmes ; prions les uns pour les autres : que l’Esprit Saint ne nous épargne pas ! Ouvrons grand nos cœurs, cessons toute résistance. « Tous furent remplis d’Esprit Saint. » C’est encore possible, c’est toujours possible !

Dans l’Évangile de cette fête, Jésus appelle l’Esprit Saint le « Défenseur ». Jésus avait précisé « un autre Défenseur » (Jn 14, 16) parce qu’il est, Lui-même, le premier Défenseur. L’Esprit Saint vient nous défendre parce que nous en avons besoin, parce que nous sommes attaqués. Il est celui qui vient nous défendre contre le mal, contre tout mal, le mal qui nous sépare d’avec Dieu, à cause des actions qui nous privent de recevoir en héritage son royaume disait saint Paul, le mal qui nous met en conflit avec notre prochain et avec nous-mêmes ; il nous défend, il nous protège, il nous délivre. L’Esprit Saint qui « achève toute sanctification » est celui qui vient poursuivre l’œuvre du Christ en nous. Il est vraiment le Défenseur, notre Défenseur, Celui envoyé par le Père et le Fils. Se soustraire à l’action de l’Esprit Saint, c’est être sans défenseur, c’est devenir fragile, c’est se disposer, se livrer en pâture au mal, au malheur, aux difficultés, dans nos vies et celles des autres autour de nous.

Viens, Défenseur promis par le Christ !

Viens, Défenseur nous défendre contre le mal, contre l’insensibilité au mal, contre l’indifférence au péché ! Viens nous défendre contre l’erreur, le mensonge, la propagande…. contre les fascinations et les illusions… les fausses consolations et les fausses espérances… contre les vrais pièges politiques, économiques, scientifiques ou religieux et parfois tout à la fois. Viens nous libérer de nos convoitises et de nos passions et « conduis-nous dans la vérité tout entière », selon la promesse du Christ.

Viens, Esprit Saint ! Défenseur de notre dignité, de notre humanité, de notre sainteté ! Défends-nous contre la morosité, la tristesse et la peur !

Tu es Seigneur et tu donnes la vie : viens nous remplir !

Fais de nous les témoins de la résurrection du Sauveur !

Des témoins missionnaires, audacieux, sans timidité ni honte, et cela en toutes circonstances ! Pas seulement quand nous nous retrouvons entre nous, mais partout, en ville, dans notre travail, dans nos dîners, dans les médias, dans les rencontres prévues ou imprévues ! Et comme nous l’avons demandé au début de cette messe, « Continue dans nos cœurs l’œuvre divine entreprise au début de la prédication évangélique » (Oraison d’ouverture).

 Seigneur, exauce notre prière !

 Viens, Esprit Saint !

Remplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour !

Sois, dans nos cœurs, « un feu dévorant » (He 12, 29).

« Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles ».

L’Esprit Saint peut très bien nous remplir en manifestant de manière éblouissante son action, son intervention. Mais il vient généralement, plus souvent encore, dans une discrétion toute divine, dans l’intime du cœur de chacun, sans même que nous nous en rendions compte, si ce n’est bien souvent qu’avec beaucoup de retard, à la vue des fruits qu’il nous fait porter et que saint Paul avait la bonté de nous rappeler : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi »

L’Esprit donné à l’Église, le 50ème jour après la résurrection du Christ, lui est donné pour toujours et de manière définitive. Jamais l’Esprit Saint ne manque à l’Église. Il est son âme, sa vie. Il la conduit et, en elle, chacun de nous peut bénéficier de cette immense grâce.

Chaque jour, l’Esprit donne à l’Église ce dont elle a besoin. Il infuse avec délicatesse dans chacun de ses membres la grâce nécessaire. Il ne force personne à l’accueillir … mais sollicite chacun pour l’accueillir.

Il frappe à la porte de notre cœur mais n’ouvre jamais lui-même la porte. Il patiente et attend qu’on lui ouvre, qu’on lui dise « oui », qu’on lui dise « viens » !

En ce moment même, comme à tous moments, il est là ; il descend du plus haut du ciel ou il monte du plus profond de notre être, ou les deux à la fois, il nous enveloppe, il s’approche de notre conscience intime, de notre âme spirituelle. Alors, que chacun, dans l’intime de son cœur, lui dise « viens ! »… « viens ! »… « viens ! ».