QU’EST-CE QUE LA COMMUNION SPIRITUELLEÂ ?
Nous observerons tour Ă tour qu’il existe plusieurs maniĂšres de communier ; que celle que nous appelons « communion spirituelle » n’est pas la seule qui soit « spirituelle » parce que toutes le sont ; qu’elle se dĂ©finit essentiellement comme une communion de dĂ©sir ; qu’elle ne se suffit pas Ă elle-mĂȘme mais implique, pour conserver toute sa valeur et produire les effets qui lui sont attachĂ©s, que certaines conditions soient remplies.
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Les différentes maniÚres de recevoir le Corps du Christ
Selon saint Thomas, il y a plusieurs maniĂšres de recevoir l’Eucharistie : l’une sacramentelle, par laquelle on ne reçoit que le sacrement, et l’autre, spirituelle, par laquelle on reçoit l’effet du sacrement qui consiste Ă ĂȘtre spirituellement uni au Christ (3).
Ne recevoir que le sacrement dĂ©signe la manducation sacramentelle seule, sans ses effets. En effet, « quiconque a conscience d’ĂȘtre dans le pĂ©chĂ© mortel, a en lui-mĂȘme un obstacle qui l’empĂȘche de recevoir les effets de ce sacrement, parce que ses dispositions ne sont pas convenables : d’une part parce qu’il ne vit pas spirituellement (4) et que par consĂ©quent il ne doit pas recevoir une nourriture spirituelle qui n’appartient qu’Ă ceux qui sont vivants ; d’autre part, parce qu’il ne peut ĂȘtre uni au Christ â ce que produit ce sacrement â tant qu’il est dans la disposition de pĂ©cher mortellement » (5).
Mais il est aussi possible, selon saint Thomas, de ne recevoir le sacrement que par la seule manducation spirituelle, ce que nous nommons aujourd’hui la « communion spirituelle ». Il dit en effet que « dans l’Eucharistie, il y a deux choses Ă considĂ©rer, le sacrement lui-mĂȘme et la rĂ©alitĂ© (res) produite par le sacrement. Or la rĂ©alitĂ© produite par ce sacrement est l’unitĂ© du corps mystique sans laquelle on ne peut ĂȘtre sauvĂ© ». Et il ajoute : « On peut avoir la rĂ©alitĂ© produite par un sacrement
De sorte que saint Thomas Ă©nonce en fait une troisiĂšme maniĂšre de communier, la plus parfaite, qui consiste Ă recevoir le sacrement par la manducation sacramentelle unie Ă la manducation spirituelle, car, dit-il, « la maniĂšre parfaite de recevoir l’Eucharistie, c’est quand on reçoit le sacrement de telle sorte qu’on reçoit aussi son effet » (7). Ce sont lĂ les trois maniĂšres de communier que retiendra le Concile de Trente dans son dĂ©cret sur la trĂšs Sainte Eucharistie (8).
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Deux maniĂšres « spirituelles » de communier
Rappelons d’abord ce que l’on entend ici par « spirituel ». Nous devons nous garder de prendre le sens de ce mot de la façon dont le comprennent les Protestants pour lesquels ce qui est spirituel n’existe pas rĂ©ellement mais seulement dans l’esprit par le souvenir. Nous tenons au contraire que si la prĂ©sence du Christ dans l’Eucharistie est effectivement spirituelle, elle n’en est pas moins vraie, rĂ©elle, et substantielle. Spirituel, ici, ne s’oppose pas Ă rĂ©el. Il s’oppose Ă matĂ©riel ou charnel. Ce n’est donc pas la foi en la prĂ©sence du Christ dans l’Eucharistie qui a pour effet qu’il s’y trouve vraiment. C’est parce qu’il s’y trouve rĂ©ellement que nous croyons en sa prĂ©sence.
Le Christ n’est pas prĂ©sent dans l’Eucharistie selon son mode naturel, c’est-Ă -dire charnel, celui-lĂ mĂȘme qui Ă©tait le sien lorsqu’il vivait parmi ses disciples. Les CapharnaĂŻtes avaient cru qu’il se donnerait ainsi lorsqu’il leur dĂ©clara que « sa chair est une nourriture et son sang un breuvage » (9) bien qu’il eĂ»t ajoutĂ©, sans toutefois qu’on le comprĂźt davantage : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie » (10). Il est prĂ©sent dans l’Eucharistie selon son mode sacramentel, « spirituellement, dit le Docteur AngĂ©lique, c’est-Ă -dire invisiblement et par la vertu de l’esprit » (11).
La communion que nous appelons de nos jours communion spirituelle est ainsi une communion non sacramentelle, c’est-Ă -dire sans manducation rĂ©elle, physique ou matĂ©rielle, de la chair du Christ prĂ©sente sous l’apparence de l’hostie consacrĂ©e. Mais elle obtient, par le dĂ©sir qu’inspirent un amour ardent, une foi vive, un esprit respectueusement humble et confiant (12), de recevoir l’effet du sacrement dont saint Thomas nous dit qu’il consiste « Ă ĂȘtre spirituellement uni au Christ » (13).
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Une communion de désir
La thĂ©ologie parle du dĂ©sir. Elle en parle Ă propos du baptĂȘme. « Le dĂ©sir du baptĂȘme porte les fruits du baptĂȘme sans ĂȘtre sacrement » (14). Le dĂ©sir naĂźt de l’amour et plus l’amour est Ă©tendu, plus il rassasie le dĂ©sir de ses bienfaits. « On participe d’autant plus Ă la lumiĂšre de la gloire, dit saint Thomas, qu’on possĂšde une charitĂ© plus Ă©tendue, car l’ardeur de la charitĂ© rĂšgle l’ardeur du dĂ©sir, et le dĂ©sir rend en quelque sorte celui qui le conçoit digne et prĂ©parĂ© Ă recevoir l’objet dĂ©sirĂ© » (15).
Sainte ThĂ©rĂšse d’Avila observait ainsi que « Dieu nous fait une trĂšs grande misĂ©ricorde quand il nous assure que c’est lui, MajestĂ© Souveraine, qui rĂ©side au trĂšs Saint Sacrement.
Un Vendredi saint, sainte Marguerite-Marie s’Ă©crie en s’adressant au Saint Sacrement : « « Aimable JĂ©sus, je veux me consumer en vous dĂ©sirant, et ne pouvant vous possĂ©der en ce jour, je ne cesserai de vous dĂ©sirer ». Le Christ lui apparaĂźt alors et il lui dit : « Ma fille, ton dĂ©sir a pĂ©nĂ©trĂ© mon cĆur si avant que, si je n’avais pas instituĂ© ce sacrement d’amour, je le ferais maintenant pour me rendre ton aliment. Je prends si grand plaisir d’y ĂȘtre dĂ©sirĂ©, qu’autant de fois le cĆur forme de dĂ©sir, autant de fois je le regarde amoureusement pour l’attirer Ă moi » » (17).
Il semble ainsi que Dieu donne au dĂ©sir du sacrement le pas sur le sacrement lui-mĂȘme. En effet, dit l’Aquinate, « ce dĂ©sir vient de la foi qui opĂšre par l’amour, et par cette foi, Dieu, dont la puissance n’est pas liĂ©e aux sacrements visibles, sanctifie l’homme intĂ©rieurement » (18).
On objectera alors que si la communion spirituelle obtient les effets du sacrement, si l’amour et la foi attisent le dĂ©sir au point que la communion spirituelle, parfois, unit mieux encore au Christ que ne le fait une communion sacramentelle qui n’atteint pas un si haut dĂ©sir, Ă quoi bon le sacrement lui-mĂȘme ?
Aussi, avant d’aborder les effets de la communion spirituelle, examinons les conditions qu’elle implique et qui, bien loin de l’opposer Ă la communion sacramentelle, l’en rapprochent au contraire.
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La communion spirituelle ne se suffit pas Ă elle-mĂȘme
Deux conditions essentielles valident la communion spirituelle. Le dĂ©sir ou le vĆu de recevoir ce sacrement et l’union au corps mystique du Christ.
La communion spirituelle suppose un empĂȘchement de recevoir le sacrement de l’Eucharistie. Cet empĂȘchement peut ĂȘtre liĂ© Ă la nĂ©cessitĂ© oĂč l’on se trouve de devoir confesser quelque pĂ©chĂ© grave dont on a une profonde contrition (19), Ă un manque de disposition suffisante (jeĂ»ne eucharistique, en particulier), ou encore Ă l’impossibilitĂ© matĂ©rielle de participer Ă la sainte messe. Cette communion exprime, en mĂȘme temps que le dĂ©sir d’union au Christ et Ă son corps mystique, le vĆu et la volontĂ© ferme de l’accueillir sacramentellement. « La manducation spirituelle, dit en effet saint Thomas, inclut le vĆu ou le dĂ©sir de recevoir ce sacrement. C’est pourquoi on ne peut ĂȘtre sauvĂ© sans avoir la volontĂ© de le recevoir. Et comme ce vĆu serait vain, si on ne l’accomplissait quand il y a lieu de le faire, il s’ensuit qu’il est Ă©vident que l’on est tenu de recevoir ce sacrement, non seulement d’aprĂšs les prĂ©ceptes de l’Eglise, mais d’aprĂšs l’ordre du Seigneur qui dit : Faites ceci en mĂ©moire de moi » (20).
La CongrĂ©gation pour la doctrine de la foi, rappelant les bienfaits de la communion spirituelle, soulignait l’importance de ce dĂ©sir d’union au corps mystique du Christ. « La grĂące du RĂ©dempteur ne manque pas aux fidĂšles ou aux communautĂ©s qui, en raison de persĂ©cutions ou de manque de prĂȘtres, sont privĂ©s pour quelque temps ou mĂȘme longuement de la cĂ©lĂ©bration de la sainte Eucharistie. Si, animĂ©s profondĂ©ment par le dĂ©sir du sacrement et unis dans la priĂšre avec toute lâEglise, ils invoquent le Seigneur et Ă©lĂšve vers leurs cĆurs, par la force de lâEsprit Saint ils vivent en communion avec lâEglise, Corps vivant du Christ, et avec le Seigneur lui-mĂȘme. Donc, unis Ă l’Eglise par le dĂ©sir du sacrement, bien qu’ils paraissent loin extĂ©rieurement, ils sont intimement unis Ă elle et par consĂ©quent reçoivent les fruits du sacrement » (21).
Ainsi la communion spirituelle et la communion sacramentelle ne se sĂ©parent ni ne s’opposent, et la communion spirituelle, pour conserver toute sa valeur et ses effets, ne saurait se suffire et dispenser de la communion sacramentelle. Bien au contraire, ces deux modes de communion trouvent leur perfection dans leur unitĂ©. « La manducation sacramentelle qui produit la manducation spirituelle, dit saint Thomas, ne se distingue pas par opposition de la manducation spirituelle, mais celle-ci renferme celle-là » (22).
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Les effets de la communion spirituelle
Il est vrai cependant que « par la rĂ©ception vĂ©ritable du sacrement, on obtient plus pleinement son effet que par son seul dĂ©sir » (23). Plus pleinement laisse entendre que l’effet du sacrement reçu en esprit n’atteint pas la plĂ©nitude de celui qu’obtient la manducation sacramentelle : il est en quelque sorte attĂ©nuĂ©, incomplet, jusqu’Ă l’accomplissement du vĆu qu’il contient. Mais « la fin se possĂ©dant dans le dĂ©sir et l’intention » (24), la communion spirituelle, non seulement obtient l’effet du sacrement, mais en anticipant la communion sacramentelle, en procure, sinon tous les fruits, du moins « de trĂšs considĂ©rables » (25).
Ainsi, lorsqu’on possĂšde les dispositions nĂ©cessaires, la communion spirituelle suffit pour grandir dans la vie surnaturelle, puisque « la rĂ©alitĂ© de ce sacrement est l’unitĂ© du corps mystique sans laquelle on ne peut ĂȘtre sauvĂ© » et que l’« on peut avoir la rĂ©alitĂ© produite par le sacrement avant de le recevoir lui-mĂȘme » (26). De mĂȘme, elle nous obtient le fruit, les effets de la communion sacramentelle, puisque « l’Eucharistie a par elle-mĂȘme la vertu de confĂ©rer la grĂące, et (qu’) on n’a la grĂące, avant de recevoir ce sacrement, qu’autant qu’on a le dĂ©sir de le recevoir » (27).
Enfin, elle nous transforme en JĂ©sus-Christ, nous incorpore Ă Lui, puisque « on peut ĂȘtre changĂ© au Christ et lui ĂȘtre incorporĂ© par le dĂ©sir qu’on en a, mĂȘme sans recevoir l’Eucharistie, par suite du dĂ©sir que l’on a de s’en approcher » (28).
QU’EN PENSE L’ĂGLISE ?
Que pensent de la communion spirituelle quelques-unes des plus hautes autoritĂ©s de l’Eglise du Christ ?
â Le Concile de Trente la prĂ©sente comme la deuxiĂšme maniĂšre de communier : « Nos PĂšres ont justement et sagement distinguĂ© trois maniĂšres de recevoir ce saint sacrement. Ils enseignent que les uns ne le reçoivent que sacramentellement : ce sont les pĂ©cheurs. D’autres ne le reçoivent que spirituelÂlement : ce sont ceux qui, mangeant en dĂ©sir le pain cĂ©leste qui leur est offert avec cette foi vive qui opĂšre par la charitĂ©, en ressentent le fruit et l’utilitĂ©. D’autres encore le reçoivent Ă la fois sacramentellement et spirituellement : ce sont ceux qui s’Ă©prouvent et se prĂ©parent de telle sorte que, revĂȘtus de la robe nuptiale, ils s’approchent de cette table divine » (29).
â sacramentellement Ă JĂ©sus-Christ, en disant, par exemple : « Mon Seigneur JĂ©sus-Christ, je dĂ©sire de tout mon cĆur m’unir Ă vous maintenant et pour toute l’Ă©ternitĂ© », et en faisant les mĂȘmes actes qu’on fait avant et aprĂšs la communion sacramentelle » (30).
â Pie XII dans l’encyclique Mediator Dei rappelle cette doctrine : « De mĂȘme que l’Eglise, comme maĂźtresse de vĂ©ritĂ©, fait tous ses efforts pour protĂ©ger l’intĂ©gritĂ© de la foi, de mĂȘme, comme MĂšre de pleine sollicitude pour ses fils, elle les exhorte trĂšs fortement Ă participer avec empressement, et frĂ©quemment, Ă ce trĂšs grand bienfait de notre religion. Elle dĂ©sire avant tout que les chrĂ©tiens, spĂ©cialement quand ils ne peuvent recevoir effectivement la nourriture eucharistique, la reçoivent au moins en dĂ©sir, de maniĂšre Ă s’unir au RĂ©dempteur avec une foi vive, un esprit respectueusement humble et confiant dans sa volontĂ©, avec l’amour le plus ardent » (31).
â Jean Paul II, enfin, recommande Ă son tour cette pratique : « Il est opportun de cultiver dans les cĆurs le dĂ©sir constant du sacrement de l’Eucharistie. C’est ainsi qu’est nĂ©e la pratique de la communion spirituelle, heureusement rĂ©pandue depuis des siĂšcles dans l’Eglise et recommandĂ©e par de saints maĂźtres de vie spirituelle » (32).
Et pour leur part, quels tĂ©moignages nos maĂźtres de vie spirituelle nous donnent-ils de l’excellence de la communion spirituelle ?
–    L’imitation de JĂ©sus-Christ : « Qu’il est heureux et agrĂ©able Ă Dieu, celui qui vit de telle sorte et qui conserve sa conscience si pure, qu’il serait prĂ©parĂ© Ă communier tous les jours et communierait en effet, s’il lui Ă©tait permis et qu’il pĂ»t le faire sans singularitĂ© ! (…) Que si des motifs lĂ©gitimes l’empĂȘchent d’approcher de la sainte Table, il conservera toujours l’intention et le saint dĂ©sir de communier, et ainsi il ne sera pas entiĂšrement privĂ© du fruit du Sacrement. Quoique tout fidĂšle doive, Ă certains jours et au temps fixĂ©, recevoir avec un tendre respect le Corps du Sauveur dans son Sacrement et rechercher en cela plutĂŽt la gloire de Dieu que sa propre consolation, cependant il peut aussi communier en esprit tous les jours, Ă toute heure, avec beaucoup de fruit. Car il communie de cette maniĂšre, et se nourrit invisiblement de JĂ©sus-Christ, toutes les fois qu’il mĂ©dite avec piĂ©tĂ© les mystĂšres de son Incarnation et de sa Passion, et qu’il s’enflamme de son amour » (33).
–      Sainte ThĂ©rĂšse d’Avila recommande la communion spirituelle dans Le chemin de la perfection : « Lorsque vous ne recevez pas la communion Ă la messe que vous entendez, communiez spirituellement, c’est lĂ une mĂ©thode trĂšs avantageuse. (…) Vous imprimerez ainsi en vous un amour profond pour notre Seigneur » (34).
–   Saint Alphonse-Marie de Liguori montre ainsi les effets de la communion spirituelle : « A la fin de chaque visite au Saint Sacrement, la communion spirituelle vous sera recommandĂ©e. (…) Ces communions spirituelles sont trĂšs agrĂ©ables Ă Dieu et procurent de grandes grĂąces : c’est ce que Notre-Seigneur fit entendre Ă sa servante, la sĆur Paola Maresca, fondatrice du monastĂšre de sainte Catherine de Sienne, Ă Naples. Il lui montra deux vases prĂ©cieux, l’un d’or et l’autre d’argent. « Dans le premier, lui dit-il, je conserve tes communions sacramentelles et, dans le second, tes communions spirituelles. » « A chacune de tes communions spirituelles, assura-t-il Ă la bienheureuse Jeanne de la Croix, tu reçois une grĂące analogue Ă celle que tu recevrais en communiant rĂ©ellement ». Le Concile de Trente loue grandement la communion spirituelle, il engage les fidĂšles Ă la pratiquer : c’est la souveraine recommandation, qu’elle nous suffise » (35).
–      Saint Jean-Marie Vianney, de son cĂŽtĂ©, utilise une belle mĂ©taphore : « Si nous sommes privĂ©s de la communion sacramentelle, remplaçons-la, au moins autant qu’il se peut, par la communion spirituelle. C’est celle que nous pouvons faire Ă chaque instant ; car nous devons toujours ĂȘtre dans un dĂ©sir brĂ»lant de recevoir le Bon Dieu. La communion spirituelle fait Ă l’Ăąme comme un coup de soufflet au feu qui commence Ă s’Ă©teindre, mais oĂč il y a encore beaucoup de braise : on souffle et le brasier se rallume. AprĂšs la rĂ©ception des sacrements, lorsque nous sentons l’amour de Dieu se ralentir, vite, la communion spirituelle ! » (36).
–   Un Moine de l’Eglise d’Orient, plus rĂ©cemment, encourage ses frĂšres Ă communier spirituellement : « S’il ne nous est pas possible de communier sacramentellement, approchons-nous en esprit de la table du Seigneur. Demandons-lui de cĂ©lĂ©brer invisiblement son Souper dans notre Ăąme. Nourrissons-nous, par une foi vive et un saint dĂ©sir, de son Corps et de son Sang, et il ne laissera pas notre aspiration vers ses dons eucharistiques sans une rĂ©ponse de grĂące » (37).
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COMMENT COMMUNIER SPIRITUELLEMENT?
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Se préparer à la grùce
« Lorsque vous priez, dit le Talmud, sachez devant qui vous vous tenez » (38). Ainsi le soin que nous apportons Ă la prĂ©paration de la communion spirituelle est une mesure fidĂšle du respect que nous tĂ©moignons Ă ce sacrement, le plus grand de tous, puisqu’il contient le Christ « source et origine de toute grĂące » (39). « Tout le mystĂšre de notre salut, dit encore saint Thomas, Ă©tant compris tout entier dans l’Eucharistie, (…) on met d’abord avant la cĂ©lĂ©bration de ce mystĂšre une prĂ©paration pour que l’on fasse dignement ce qui doit suivre » (40).
Si nous rĂ©alisons la juste convenance de cette prĂ©paration, si nous en Ă©prouvons la nĂ©cessitĂ© au point de la considĂ©rer comme une chose naturelle, cela mĂȘme est dĂ©jĂ une grĂące, car « l’homme ne peut se prĂ©parer Ă recevoir la lumiĂšre de la grĂące que par le secours gratuit de Dieu qui le meut intĂ©rieurement » (41). Et l’on peut dire de cette grĂące qu’elle est un signe de la divine prĂ©venance qui nous dispose ainsi Ă recevoir plus pleinement le bien que nous dĂ©sirons ardemment.
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L’accomplissement
La communion spirituelle est un acte purement intĂ©rieur. A la diffĂ©rence de la communion sacramentelle, aucun signe sensible ne la soutient, aucun rite particulier n’en Ă©tablit l’ordonnance. Saint Pie X demandait qu’on la fit prĂ©cĂ©der « des mĂȘmes actes qu’on fait avant et aprĂšs la communion sacramentelle » (42). Et c’est pourquoi elle s’accompagne, dans un profond recueillement, Ă la fois de respect et de repentir. PĂ©guy appelait cela mouiller Ă la grĂące. Ne soyons pas, disait-il, de « ces honnĂȘtes gens qui ne mouillent pas Ă la grĂące. Ils ne prĂ©sentent point cette ouverture qui fait une affreuse blessure, une inoubliable dĂ©tresse, un regret invincible… Ils ne prĂ©sentent pas cette entrĂ©e Ă la grĂące qui est essentiellement le pĂ©chĂ©. Parce qu’ils ne sont pas blessĂ©s, ils ne sont plus vulnĂ©rables. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte rien » (43). On songe ici au Confiteor. Et Ă l’exemple des priĂšres au bas de l’autel, on entretient ainsi des sentiments de sainte crainte, de dĂ©sir et de foi.
Sa forme est des plus simples, des plus discrĂštes et des plus faciles. Elle pourrait se rĂ©sumer Ă quelques mots : « Veni, Domine Jesu ! Venez, Seigneur JĂ©sus ! » Saint Alphonse-Marie de Liguori rapporte que la bienheureuse Jeanne de la Croix disait de la communion spirituelle qu’ « elle n’attire l’attention de personne, ne rĂ©clame aucun jeĂ»ne, ni permission du directeur (…) : un acte d’amour, il n’en faut pas davantage » (44).
Saint Alphonse proposait lui-mĂȘme l’acte suivant, acte de foi dans la prĂ©sence vraie, rĂ©elle, et substantielle du Christ dans l’Eucharistie, acte de dĂ©sir et d’amour, d’union totale Ă la Personne du Fils de Dieu : « Mon JĂ©sus, je crois Ă votre prĂ©sence dans le trĂšs Saint Sacrement. Je vous aime plus que toute chose et je dĂ©sire que vous veniez dans mon Ăąme. Je ne puis maintenant vous recevoir sacramentellement dans mon cĆur : venez-y au moins spirituellement. Je vous embrasse comme si vous Ă©tiez dĂ©jĂ venu, et je m’unis Ă vous tout entier. Ne permettez pas que j’aie jamais le malheur de me sĂ©parer de vous » (45).
La communion spirituelle peut ainsi se faire Ă tout instant et en quelque lieu que l’on soit, s’il est possible de s’y recueillir. La bienheureuse Jeanne de la Croix disait que « nous pouvons faire la communion spirituelle Ă toute heure et Ă notre grĂ© ». Aussi, dit encore le saint Docteur « les Ăąmes ferventes ont-elles l’habitude de renouveler souvent ce saint exercice » (46).
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L’action de grĂąces
Un jour, saint Jean Eudes aurait dit de la messe : « Il faudrait trois Ă©ternitĂ©s, l’une pour s’y prĂ©parer, une autre pour la dire, la troisiĂšme pour remercier Dieu ». Se prĂ©parer Ă la communion et la recevoir sont des sources de joies infinies, mais elles ne sauraient tenir lieu de gratitude. Il nous reste en effet, comme le Samaritain de la parabole des dix lĂ©preux (47), Ă revenir sur nos pas pour rendre grĂąces. Il serait injuste et inconsĂ©quent d’y manquer. Injuste, puisque c’est de Dieu seul que « nous tenons la vie, le mouvement et l’ĂȘtre » (48). InconsĂ©quent, car nous voyons que le Samaritain fut non seulement purifiĂ© dans son corps, mais sauvĂ© par la foi qu’exprimait son action de grĂąces : « Fides tua te salvum fecit. Ta foi t’a sauvĂ© ».
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CONCLUSION
Ainsi, nous ne pouvons vivre que par le « pain quotidien » de l’Eucharistie. Nous ne pouvons recevoir pleinement sa grĂące que dans la claire conscience de notre infirmitĂ© devant la MajestĂ© de Dieu. Nous ne pouvons accomplir l’Ćuvre qu’il nous confie sans nous rappeler que sans lui, nous ne pouvons rien faire.
De tout temps, l’Eglise a recommandĂ© que l’on communiĂąt le plus souvent possible (49). JĂ©sus le tout premier nous le fait demander dans la priĂšre : « Donnez-nous chaque jour notre pain quotidien » (50). Il est vrai que, depuis le Concile Vatican II, nous communions beaucoup. Qui ne s’en rĂ©jouirait ? Mais comme il arrive que l’on prie mal (51), il peut arriver aussi que l’on communie mal. Peut-ĂȘtre saint Jacques dirait-il aujourd’hui : « Lorsque vous communiez, vous recevez et vous ne tirez pas avantage de ce que vous avez reçu, parce que vous communiez mal » (52). Car nous pouvons avoir en nous-mĂȘmes des obstacles qui affaiblissent ou empĂȘchent les effets de ce sacrement. « La passion du Christ, dit en effet saint Thomas, n’a pas son effet dans ceux qui ne sont pas en rapport avec elle comme ils le doivent ; de mĂȘme, l’Eucharistie ne procure pas son fruit en ceux qui ne la reçoivent pas comme il faut » (53). Peut-ĂȘtre aurions-nous ici une part au moins de la rĂ©ponse Ă la question que l’on posait rĂ©cemment : « Pourquoi l’Eglise semble-t-elle avoir perdu, en Europe, sa force Ă©vangĂ©lisatrice ? » (54).
Beaucoup, parce qu’ils s’en reconnaissent provisoirement empĂȘchĂ©s, ne peuvent s’approcher de la communion au Pain de Vie aussi souvent et aussi dignement qu’il le faudrait. Mais tout en dĂ©veloppant en eux une intense contrition, que n’ont-ils recours Ă la communion spirituelle ? Elle est un sĂ»r moyen de disposer pleinement leur cĆur, parce qu’elle les conduirait, dans le recueillement, Ă s’examiner sans Ă©gards, Ă rĂ©aliser humblement devant qui ils se tiennent, Ă prendre conscience de ce qu’ils lui demandent et dans quelles dispositions ils peuvent le lui demander sans l’offenser.
« Le bienheureux Pierre LefĂšvre, premier compagnon de saint Ignace, disait que la communion spirituelle est une excellente prĂ©paration Ă la communion sacramentelle » (55). N’a-t-elle pas la vertu de nous obtenir par avance, quel qu’en soit le moment et aussi souvent que nous en Ă©prouvons le dĂ©sir, l’effet du sacrement « le plus doux pour la dĂ©votion, le plus beau pour l’intelligence, le plus saint par ce qu’il renferme » (56) ?
Louis SAHUC          (article paru dans Sedes SapientiÊ n°88)
- CatĂ©chisme de l’Eglise Catholique, n° 1258.
- Jean-Paul II, encyclique L’Eglise vit de l’Eucharistie, 17 avril 2003, n° 34.
- Cf. Somme de Théologie, III, q. 80, a. 1.
- Le pĂ©chĂ© mortel, comme son nom l’indique, a causĂ© la mort spirituelle, en s’opposant Ă la vie de la grĂące dans l’Ăąme.
- III, q. 79, a. 3. avant de le recevoir lui-mĂȘme, par suite du dĂ©sir que l’on a de s’en approcher » (6).
- Traduction large de III, q. 73, a. 3. Res, littĂ©ralement : la « chose », c’est-Ă -dire la rĂ©alitĂ© signifiĂ©e par opposition au signe sacramentel.
- III, q. 80, a. 1.
- Concile de Trente, 13′ session, DĂ©cret sur la trĂšs Sainte Eucharistie, ch. 8 (Dumeige, La foi catholique, n° 743).
- Jn 6, 55.
- Jn 6, 63.
- III, q. 75, a. 1, ad 1.
- Cf. Pie XII, encyclique Mediator Dei, 20 novembre 1947 (2e partie, III, la communion eucharistique).
- III, q. 80, a. 1.
- CatĂ©chisme de l’Eglise Catholique, n° 1258.
- I, q. 12, a. 6. Mais se montrer à découvert, communiquer ses grandeurs ou répandre ses trésors, voilà une faveur qui est réservée à ceux qui le désirent ardemment » (16).
- Sainte ThĂ©rĂšse d’Avila, Le chemin de la perfection, ch. 36.
- Ivan Gobry, Sainte Marguerite-Marie, la messagÚre du Sacré-Cour, Paris, 1989, p. 228.
- III, q. 68, a. 2
- Cf. Jean-Paul II, encyclique L’Eglise vit de l’Eucharistie (17 avril 2003, n° 36 et 37). Le pape cite le CatĂ©chisme de l’Eglise catholique : « Celui qui est conscient d’un pĂ©chĂ© grave doit recevoir le sacrement de la rĂ©conciliation avant d’accĂ©der Ă la communion » (n° 1385) et renvoie au dĂ©cret sur l’Eucharistie du Concile de Trente (F.C., nn° 742 et 755).
- III, q. 80, a. 11.
- CongrĂ©gation pour la doctrine de la foi, Lettre Ă tous les Ă©vĂȘques de l’Eglise catholique sur quelques questions concernant le ministre de l’Eucharistie, 6 aoĂ»t 1983 (La documentation catholique, n° 1859, p. 887). Les soulignements sont de nous.
- III, q. 80, a. 1, ad 2.
- III, q. 80, a. 1, ad 3.
- III, q. 73, a. 3.
- CatĂ©chisme du Concile de Trente (ch. 20 : Du sacrement de l’Eucharistie).
- III, q. 73, a. 3.
- III, q. 79, a. 1, ad 1.
- III, q. 73, a. 3, ad 2.
- Concile de Trente, Décret sur la trÚs Sainte Eucharistie (F.C. , n° 743).
- Saint Pie X, Grand catéchisme, III, ch. 5, § 2.
- Pie XII, Mediator Dei (2e partie, III).
- Jean-Paul II, encyclique L’Eglise vit de l’Eucharistie, n° 34
- Thomas a Kempis, L’imitation de JĂ©sus-Christ, IV, 10.
- Sainte ThĂ©rĂšse d’Avila, Le chemin de la perfection, ch. 37.
- Saint Alphonse-Marie de Liguori, Visites au Saint Sacrement.
- Les sermons du saint curĂ© d’Ars choisis et prĂ©sentĂ©s par Josse Alzin, Namur, 1958, p. 74.
- Un Moine de l’Eglise d’Orient, Notre PĂšre, Paris, 1988, pp. 53-54.
- Paul Poupard, Dictionnaire des religions, Paris, 1984, p. 1352.
- III, q. 79, a. 1.
- III, q. 83, a. 4
- III, q. 109, a. 6
- Saint Pie X, Grand catéchisme (III, 5).
- Charles PĂ©guy, Notes conjointes (Ed. de la PlĂ©iade, Ćuvres en prose, pp. 1333 et sv).
- Saint Alphonse-Marie de Liguori, Les Visites au Saint Sacrement, Paris, 1999, p. 26.
- Ibid.
- Ibid.
- Lc 17, 11-19.
- Ac 17, 28.
- Cf. entre autres : CatĂ©chisme du Concile de Trente (Du sacrement de l’Eucharistie, IV : De l’obligation de communier) ; saint Pie X : Grand catĂ©chisme (III : Les Sacrements, ch. 5 : L’Eucharistie, Le prĂ©cepte de la communion) ; Pie XII, Mediator Dei ; Paul VI, Mysterium fidei ; Jean-Paul II, Dominica cenoe (Eucharistie et vie, 7).
- Le 11, 3.
- « Vous demandez et vous ne recevez pas parce que vous demandez mal » (Jc 4, 3).
- Ainsi les catholiques communient aujourd’hui de plus en plus et se confessent de moins en moins.
- III, q. 79, a. 2, ad 2.
- Thierry Boutet, Famille Chrétienne, éditorial du n° 1136, 21 octobre 1999.
- Saint Alphonse de Liguori, ibid.
- Gilles de Rome, cité par Paul VI (Mysterium fidei, n° 38).
