Message Pascal de Mgr WATTEBLED

Pâques sans possibilité de lointain déplacement, sans retrouvailles familiales, sans communion eucharistique, sans procession ni liturgie solennelle pour assemblée nombreuse, … En ces jours de Pâques 2020, la joie ne sera pas absente mais elle
ne sera pas très démonstrative. La réalité quotidienne est tellement plus proche du Vendredi saint et de la Passion. Et nous ne pouvons pas oublier les personnes qui y sont le plus douloureusement confrontées.

Au rythme des informations concernant l’évolution de l’épidémie, notre vie quotidienne est dominée par l’incertitude et l’attente, attente de l’annonce de la sortie du confinement et de ses modalités, attente de l’évaluation des conséquences à tous
niveaux. De multiples moyens techniques nous permettent de suivre certaines célébrations liturgiques tandis que notre méditation et notre prière s’apparentent davantage au recueillement du Samedi saint.

L’Eglise en ces jours veille et prie comme les saintes femmes devant le tombeau, là même où il n’y a plus que le silence et la mort. Reprenant la prière des psaumes, elle crie sa protestation face au mal injuste et au malheur incompréhensible. Elle fait
sienne la prière des croyants de la Bible, du peuple persécuté et de Jésus supplicié : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 21) A sa plainte douloureuse et à ses pleurs se mêle l’expression de la confiance et de l’espérance : « Toi,
Seigneur, ne sois pas loin. O ma force, vite à mon aide ! Garde moi d’être humilié pour toujours. En tes mains je remets mon esprit. » (Ps 30) Cette espérance biblique ne sera pas déçue. En Jésus, voici même qu’elle reçoit un commencement inouï de réalisation. « Je fais une chose nouvelle. Elle germe déjà. Ne la voyez-vous pas ? » avait annoncé
le prophète Isaïe de la part du Seigneur (Is 43,19). Voici que Jésus ressuscité se manifeste aux femmes puis aux disciples. Quel mystère que ces rencontres tout à la fois étranges et familières dont il a l’initiative ! Elles suscitent la crainte et comblent de
joie. Jésus appelle des femmes et des hommes à devenir croyants. Il leur confie d’avoir part à sa mission, dans l’humilité du quotidien et pourtant jusqu’aux limites du monde !
Nos critères humains de réussite et d’échec, de perfection et d’accomplissement humain se voient remis en question. La prédication et le ministère de Jésus, sa passion et sa mort elle-même – échec le vendredi saint – se découvrent réussite du Serviteur
de Dieu, à cause de sa fidélité et du don de lui-même jusqu’à l’extrême. « Mon serviteur réussira, il sera exalté. Devant lui, les rois découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler. » (Cf. Is 52, 3-15)
A la veille de la Passion, au cours du dernier repas, quand Jésus avait affirmé que l’un des Douze le trahirait, chacun avait pu s’interroger : « Serait-ce moi ? » (Mt 26,22). Ressuscité, Jésus ne leur reproche pas leur faiblesse mais leur manque de foi.
Il les croit capables d’accueillir son Esprit et d’en vivre, il leur renouvelle sa confiance. « M’aimes-tu ? Suis-moi ! » dit-il à Simon-Pierre. N’est-ce pas la parole qu’il nous adresse aussi chaque jour ?
Le 10 avril 2020
+ Robert WATTEBLED
Evêque de Nîmes