
Le site du Ministère de l’éducation nationale évoque un « programme ambitieux » : « L’éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR) à l’école maternelle et à l’école élémentaire, et l’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité (EVARS) au collège et au lycée est une discipline à part entière ».
Quelques lignes plus bas, ce bel intitulé n’est plus résumé que par la formule : « l’éducation à la sexualité » qui est un apprentissage obligatoire avec au moins 3 séances annuelles.
De fait, il y a de l’ambition dans ce programme dont il est cependant difficile de discerner les intentions profondes qui pourraient théoriquement aller de la véritable éducation jusqu’à la manipulation pure et simple, pour ne pas dire perversion.
Quand un gouvernement, par le moyen de son « éducation nationale » veut prendre en mains la vie intime de ses sujets, il y a effectivement de quoi s’inquiéter ! Peut-on seulement apprendre l’amour dans des livres ?
Certes, il y a des problèmes très graves. L’augmentation fulgurante des agressions sexuelles entre jeunes en est un des signes les plus choquants : 43% des auteurs de violences entre mineurs ont moins de 15 ans. Un rapport du Sénat publié en 2022 notait une augmentation de 59,7% des violences commises par des mineurs sur d’autres mineurs entre 2016 et 2021. Selon le Conseil de l’Europe, 1 enfant sur 5 est victime d’une forme de prédation sexuelle.
Quant à la contagion pornographique, elle ne cesse de se répandre, beaucoup plus vite que les quelques tentatives de la contrer.
Mais la solution envisagée répond-elle vraiment et correctement aux problèmes constatés ? Est-elle la plus adaptée ? Ou contre-productive ?
Cette courte note ne cherche pas à analyser toute la problématique un peu complexe il est vrai, à cause, entre autres, des multiples portes d’entrées (programmes, intervenants, destinataires, droit, familles, vie privée, vie publique, militantisme, psychologie, philosophie, religion, biologie, corps et cœur, violence, « consentement », « interdit », etc.). Elle ne veut retenir qu’un seul point mais qui semble capital, soulever une seule question. Cet enseignement obligatoire ne peut-il pas en certains cas être considéré comme un abus ou une agression sexuelle ? La question, ainsi formulée, est elle-même un peu brutale ! Mais ne mérite-t-elle pas d’être posée ?
Bien sûr le programme de l’éducation nationale propose d’avancer progressivement, des classes maternelles à la terminale. Il n’en reste pas moins que faire ce genre d’enseignement[1] à des classes entières, où chacun le sait, les enfants ou les jeunes n’ont pas tous la même maturité, le même équilibre, la même sensibilité, et ne reçoivent pas la même éducation en famille, pose problème. Quelle répercussion sur chacun d’eux ?
Car, dans cette éducation qui dans l’idéal de devrait être l’œuvre des parents[2] car ils sont les mieux placés pour cela, s’il faut toujours préférer avoir quelques heures d’avance plutôt que cinq minutes de retard, aborder certaines questions intimes avec des enfants qui sont loin voire très loin de se poser ces questions, peut engendrer en eux plus de troubles que de sérénité. Il vaudrait toujours mieux répondre aux questions que de provoquer des questions ou d’imposer certains sujets. Qu’il faille y aller très progressivement, chacun le sait. Mais comment cela peut-il se réaliser devant une classe entière ou aucun n’enfant n’en est au même point que les autres ? Et si cela peut faire du bien à certains, l’inverse est possible aussi pour d’autres. Comment alors les protéger ?
À dire les choses trop tôt à un enfant qui ne se pose pas de questions, c’est prendre le risque de l’agresser sur un terrain qui pour lui est encore paisible. Cela peut sans doute ressembler à ce que Freud appelle « l’effraction psychique ».
« L’effraction » appliquée la vie psychique, est une image pour indiquer qu’une blessure par pénétration brise l’enveloppe protectrice, corporelle ou psychique, et qu’elle en altère, blesse, voire détruit le fonctionnement. À partir de la fin du XIXe siècle, on emploie davantage le terme de « traumatisme ».
La question soulevée ici concerne aussi les établissements catholiques sous contrat qui auront bien du mal en plus à rester fidèle en même temps au programme étatique et à la vision chrétienne de l’homme, mais aussi à toute pédagogie déployée pour des groupes même par les personnes les mieux intentionnées.
Enseigner les mathématiques dans une classe où les élèves n’ont pas tous le même niveau est sans doute difficile, surtout pour le professeur, mais même le plus mauvais des élèves ne sera pas traumatisé s’il n’est pas maltraité. Mais pour les choses de l’amour, les conséquences sont tout autres. Même bien traités, certains sujets abordés à contre temps, peuvent laisser des traces. Sans compter qu’ils peuvent aussi être mal traités, de façon profondément idéologique, et en opposition avec l’enseignement lumineux de l’Église.
Il est plus que légitime que les parents s’inquiètent de ce programme, de cette méthode et qu’ils désirent protéger leurs enfants de toutes formes d’abus.
P. Cyril Farwerck, le 25 avril 2026.
[1] « Un « enseignement de la sexualité » n’est pas du registre de l’école. Son rôle est l’initiation à la connaissance : elle ne peut informer du vécu de la sexualité qu’en perturbant l’équilibre psychique de tous les enfants. » Christian Flavigny, pédopsychiatre et psychanalyste.
[2] « Les parents seuls sont légitimes auprès de l’enfant dans le registre de la sexualité : leur parole sur ce sujet, cadrée par le lien filial, ne fait pas effraction à la vie psychique de l’enfant. » Christian Flavigny. https://www.lejdd.fr/Societe/enseignement-de-la-sexualite-quand-lecole-outrepasse-ses-attributions-160365
