A propos d’un fléau rampant : la pornographie.

A propos d’un fléau rampant : la pornographie.

Réflexion sur une forme de complicité

« Et j’ai vu une femme assise sur une bête écarlate qui était couverte de noms blasphématoires et qui avait sept têtes et dix cornes. Cette femme était vêtue de pourpre et d’écarlate, toute parée d’or, de pierres précieuses et de perles ; elle avait dans la main une coupe d’or remplie d’abominations, avec les impuretés de sa prostitution. Il y avait sur son front un nom écrit, un mystère : ‘Babylone la Grande, la mère des prostitutions et des abominations de la terre.’ Et j’ai vu la femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus. Ap 17, 3-6

Jamais sans doute l’histoire de l’humanité n’a manqué d’abominations. De génération en génération les abominations de la terre peuvent cependant évoluer, certaines disparaître, d’autres apparaître, certaines se perfectionner. La prostitution a toujours existé : elle peut revêtir des formes diverses et variées dans le temps. Aujourd’hui elle a trouvé un nouveau moyen d’expression à grande échelle à travers la pornographie, « grâce » à la pornographie. Une prostitution par écrans interposés1.

Elle a aussi trouvé un nouveau public, un public de plus en plus jeune, des jeunes qui, toujours plus tôt, dès 8-9 ans, peuvent par accident être confrontés à la pornographie ou tomber dans un piège qui très vite pourra devenir une véritable addiction2. La pornographie fonctionne comme une drogue. L’addiction enferme dans le corps et le plaisir deviendra l’élément dominant et déterminant de tous les comportements : d’où les violences sexuelles entre mineurs de plus en plus nombreuses3.

Aujourd’hui, à cause des écrans et des réseaux sociaux, la pornographie est accessible à tous : elle s’étale partout. Tous les programmes d’éducation à la vie affective et sexuelle (EVARS), devenus obligatoires, ne pourront jamais atteindre leurs objectifs si la pornographie reste à portée de main des jeunes et des adultes. Le recours à la pornographie détruira toujours toutes les bonnes intentions d’éducation à une vie affective et sexuelle humaine.

1 « La pornographie est donc une prostitution sans présence réelle de la prostituée » : Fabrice Hadjadj, Ce que la pornographie nous cache, in Nova et Vetera, 2/2017. Il n’empêche que la prostituée est réellement quelque part !

2 Selon certaines sources, « huit garçons sur dix entre 13 et 15 ans consomment de la pornographie de manière habituelle. 91

% des élèves de troisième ont déjà vu de la pornographie. En France, 8 % des 14-15 ans regardent de la pornographie plusieurs fois par jour ». Maria Hernandez-Mora, L’influence de la consommation de pornographie sur le mineur consommateur. Dans Violences sexuelles entre mineurs, sous la direction de Olivia Sarton et Claire de Gatellier, Artège, 2023.

3 « Ces dernières années, la littérature psychologique et psychiatrique a mis en évidence avec une insistance croissante comment une exposition précoce et non encadrée aux appareils numériques et aux réseaux sociaux peut avoir des répercussions négatives sur le sommeil, l’attention, la régulation émotionnelle et la vie relationnelle, en particulier chez les plus jeunes, avec des conséquences parfois dramatiques. À cela s’ajoute la facilité d’accès à des scènes violentes ou cruelles,

qui blessent la sensibilité, à des contenus pornographiques et hypersexualisés, à des messages qui banalisent le corps et l’affectivité, ainsi qu’à des propositions qui normalisent des comportements à risque. Sur Internet, les phénomènes de détournement de mineurs, de chantage et d’exploitation sexuelle ne sont pas rares ; ils sont rendus plus insidieux par l’utilisation de faux profils, d’algorithmes qui amplifient les contacts dangereux et d’outils d’IA capables de manipuler des images et des vidéos. Le fait de disposer trop tôt d’un téléphone portable personnel et de l’utiliser sans contrôle parental peut accentuer la fragilité et favoriser les dépendances chez les jeunes, les exposant à des dynamiques d’isolement, de harcèlement et de cyberharcèlement, ainsi qu’à des pressions pour partager des images intimes ou des données sensibles. » Léon XIV, Magnifica humanitas, n° 141

                   « La raison, en effet, n’est jamais si faible que lorsque le plaisir domine. » Bossuet     

La pornographie est tout le contraire de l’amour. C’est l’absence totale de l’amour. Elle est le mépris du corps et du cœur, de la personne tout entière, qui n’est plus qu’un objet sexuel. Elle déshumanise tous ceux qui y participent.

Ce que la pornographie révèle au-delà de ce qu’elle montre, c’est le nihilisme contemporain.

Cette vérité traverse les siècles : saint Thomas faisait référence à Aristote, « ceux qui ne peuvent goûter les joies spirituelles se portent vers les joies corporelles4 » et Jacques Maritain à saint Thomas :

« L’homme ne peut pas vivre longtemps sans délectation, et s’il n’a pas de délectation spirituelle, il décline vers les charnelles5 ». La pornographie révèle des âmes vides de Dieu qui se croient alors tout permis. Plus encore, la pornographie peut être considérée comme un culte contre le vrai Dieu … et contre l’humanité, allant parfois jusqu’au satanisme …

La pornographie est un monde qui banalise une sexualité fantasmée et violente et qui provoque chez ceux qui y ont recours très jeunes à une « effraction psychique » entraînant en eux des dégâts importants, en particulier dans leur construction sexuelle. Un choc que plusieurs n’hésitent pas à qualifier de « viol psychique » dont les victimes deviendront parfois, par la suite, les auteurs dans la réalité … pas seulement psychique !

Ce continent pornographique, qui échappe à bien des radars, fonctionne comme un véritable camp de concentration. Il n’est pas virtuel mais bien réel, même s’il n’est visible que sur certains écrans. De ce camp, nous pouvons dire que certains des gardiens sont tous ceux qui en profitent : quand une personne regarde, ne serait-ce que quelques images pornographiques, de « victime » elle devient inconsciemment (?) complice d’un nouvel enfer concentrationnaire, elle justifie l’exploitation, l’esclavage sexuel. Elle ne se vautre pas seulement elle-même dans l’impureté. Elle cultive et entretient – comme une forme de proxénétisme – le milieu « porno ».

Si certaines personnes peuvent se livrer librement (de quelle liberté s’agit-il ?) pour s’offrir aux caméras des pornographes, il ne faut pas oublier aussi que beaucoup (dans quelle proportion ?) sont utilisées par des réseaux qui ont recours jusqu’à la torture pour obtenir la coopération des « acteurs ». Parmi ces victimes beaucoup sont mineures.

Tant qu’il y aura des « voyeurs », le système pornographique sera encouragé.

Il y a de nombreux moyens de lutter contre la pornographie. Du gouvernement jusqu’à chacun de nous en passant par tous les éducateurs et toutes les structures étatiques ou associatives intermédiaires, tous nous avons notre rôle à jouer contre ce fléau.

La prière est un de ces moyens. Prions pour tous ceux qui succombent à la tentation et prions aussi pour toutes les victimes, tous les esclaves sexuels exploités et sacrifiés dans ce trafic.

4 Somme Théologique, II-II. 35, 4

5 Jacques Maritain, Œuvres complètes, II, p. 1224.

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