
Edito de l’Abbé Samuel ROUX
Nous avons tous, un jour ou l’autre, entendu quelqu’un dire : « Je ne vais plus à la messe, je ne ressens plus rien. » Ou encore : « J’y vais quand j’en ai besoin, quand je me sens prêt. » Ce glissement est compréhensible. Mais il repose sur un malentendu profond sur ce qu’est la liturgie, et ce qu’elle fait en nous. La messe n’est pas un service que l’Église nous rend quand nous en exprimons le besoin. Elle n’est pas non plus un moment de ressourcement spirituel que l’on consomme selon son état d’âme. Elle nous précède. Elle existait avant notre naissance, elle sera célébrée après notre mort, et elle nous reçoit. Que nous ayons de la ferveur ou de la sécheresse, que nous ayons bien prié la semaine ou à peine ouvert notre Bible. C’est ce que l’Introït du dimanche nous rappelle. Avant que nous ayons dit un mot, avant que nous ayons formulé la moindre intention, l’Église nous prête des mots. Écoute, Seigneur, ma voix. Sois mon secours. Ces mots ne sortent pas de notre coeur spontanément ; ils viennent du psalmiste, ils viennent de vingt siècles de chrétiens qui les ont murmurés avant nous, ils viennent du Christ lui-même qui a prié les psaumes.
Nous entrons dans une prière qui nous dépasse. C’est là le paradoxe magnifique de la liturgie : elle nous forme en nous faisant faire ce que nous ne saurions pas faire seuls. Elle nous apprend à nous agenouiller quand nous n’en avons pas envie, à demander pardon avant même d’avoir bien mesuré nos fautes, à proclamer notre foi certains jours où nous la sentons vaciller. Ce n’est pas de l’hypocrisie ! Mais parce que la liturgie sait quelque chose que nos émotions du moment ignorent. Combien de chrétiens ont traversé les pires épreuves de leur vie en s’accrochant simplement à ce rendez-vous du dimanche. Sans ferveur particulière, sans certitude éclatante, et ont découvert, des mois, des années plus tard, que c’est là que la grâce avait continué de travailler en silence ? La messe du dimanche n’est donc pas le reflet de notre vie spirituelle. Elle en est la source. Ce n’est pas nous qui allons à la messe quand nous sommes prêts. C’est la messe qui nous prépare à vivre. Abbé Samuel ROUX
