Lettre de Mgr Brouwet aux fidèles après les ordinations de la Fraternité Saint-Pie X

Aux prêtres, diacres, consacrés et laïcs en mission dans le diocèse de Nîmes

Nîmes, le 3 juillet 2026

Chers Pères, chers Diacres, chers Frères et Sœurs,

Ce 1° juillet 2026 quatre prêtres ont été ordonnés évêques dans la Fraternité Saint-Pie X. Je vous envoie le Décret du Dicastère pour la Doctrine de la Foi déclarant excommuniés Latae Sententiae les évêques ordonnés, les évêques consécrateurs ainsi que les clercs et les fidèles qui adhèrent formellement à ce schisme.

Nous regrettons évidemment ces ordinations. A vrai dire, rien ne les justifie. L’état de nécessité face à l’infidélité de l’Eglise catholique dans la transmission de la foi n’est qu’un pauvre argument. Que les lendemains du concile, en France, aient suscité des déceptions, de l’amertume, des angoisses, des crispations, des doutes, des tentations de revenir à la période précédant le concile, tout le monde peut le comprendre.

Mais l’Eglise catholique n’est pas restée figée dans les discours, les remises en cause, ou les excès liturgiques des années 70. Le Magistère et le style pastoral évangélisateur de Saint Jean-Paul II puis de Benoît XVI ont largement contribué à approfondir les documents du concile, à en lever les ambiguïtés et à renouveler la théologie, la liturgie, et l’engagement missionnaire de toute l’Eglise.

Nous ne sommes plus en 1970. Les papes successifs nous ont donné la véritable réponse aux défis des lendemains du concile : on ne réforme l’Eglise qu’en y restant, qu’en la prenant pour Mère et en l’aimant comme des fils. On ne réforme l’Eglise que dans l’écoute patiente et filiale de la Parole de Dieu, l’adoration fervente, le service des pauvres, l’humble travail théologique, la conversion quotidienne. On ne réforme l’Eglise qu’en cherchant un chemin de sainteté dans une consécration personnelle au Christ. On ne réforme l’Eglise qu’en se réformant soi-même sous la conduite du Saint-Esprit.

Ce qui est traditionnel, ce qui appartient à la véritable Tradition, c’est l’assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence au Magistère de l’Eglise, confié aux évêques, successeurs des Apôtres, unis au Pape. En revanche il n’est pas conforme à cette Tradition de s’ériger au-dessus de ce Magistère pour décréter, dans une forme de « libre examen », ce qui est pertinent ou ce qui ne l’est pas dans les documents magistériels, ce à quoi on accepte d’adhérer et ce qu’on refuse de tenir. Il n’est pas traditionnel, dans l’Eglise, d’être à soi-même son propre Magistère. Comme il n’est pas traditionnel de choisir ses pasteurs : on les reçoit comme un don du Seigneur, y compris (et surtout) quand ce ne sont pas ceux que, personnellement, on aurait mis à la tête de la communauté.

L’esprit moderne consiste précisément à vouloir se déterminer soi-même sans référence à une forme d’autorité qu’on n’aurait pas choisie. On veut être son propre maître, on entend s’enseigner soi-même, prenant ce qui nous convient, refusant ce qui nous déplaît. L’obéissance, l’assentiment de la volonté et de l’intelligence, deviennent alors incongrus, insupportables, intolérables. Chacun décide ce qui lui convient, chacun devient son propre guide. C’est la raison pour laquelle la fraternité Saint-Pie-X a déjà connu des dissidences. Si l’on se coupe de l’Eglise, l’obéissance n’a plus de fondement : chacun a le droit de fonder sa propre communauté. C’est cet esprit moderne qui sert de fondement à la Fraternité Saint-Pie-X et non l’attachement à la Tradition théologique et spirituelle de l’Eglise.

Dans son homélie à la basilique de la Sagrada Familia, le Pape Léon disait que l’inachèvement de ce bâtiment était une image de celui de chacune de nos vies et de l’Eglise elle-même. Nous sommes en chemin vers la maison du Père. Nous sommes des pèlerins, des voyageurs. Nous sommes en route.

C’est pourquoi nous aurons toujours à repréciser les termes de notre foi catholique pour en montrer la pertinence dans une culture changeante. Nous aurons toujours à faire face à de nouveaux défis pastoraux face à l’évolution permanente des mœurs, des modes, des lois. Nous aurons toujours à faire face à des courants différents au sein de l’Eglise, à des tensions, à des désaccords et, parfois, à des disputes. Nous aurons toujours à nous adapter à un nouveau pape, un nouvel évêque, un nouveau curé, ou à un nouveau responsable laïc… avec les incompréhensions, les malentendus, les injustices et parfois les souffrances qui accompagnent ces changements.

Mais nous voulons le faire dans l’Eglise, notre Mère, enveloppés de son manteau de miséricorde, avec le Pape comme signe d’unité, parce que c’est le Saint-Esprit qui la conduit, qui l’éclaire, qui fait sa jeunesse, parce que nous confessons que le Seigneur Jésus continue en elle son œuvre de salut par l’Esprit-Saint. Avec et malgré ses fragilités et ses incohérences.

Nous voulons porter sur l’Eglise un regard théologal, un regard de foi, d’espérance et de charité et y être acteurs de communion parce que la communion est précisément l’œuvre du Saint-Esprit. C’est à lui que je confie notre communauté diocésaine, notre fraternité, notre mission, chacun, chacune d’entre vous, pour que nous soyons et restions d’humbles serviteurs dans l’Eglise du Christ.

Je prie évidemment pour notre réconciliation avec les membres de la Fraternité Saint-Pie-X.

Et je vous souhaite un été reposant dans la joie et la paix du Saint-Esprit.


+ Nicolas Brouwet

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