
2025 Noël, Messe de la nuit (19h).
Frères et sœurs, « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
Dieu, qui nous aime, et parce qu’Il nous aime, veut entrer en relation avec nous, plus encore, Il veut faire alliance avec nous, et pour ce faire Il nous donne sa Parole et souvent des signes. Et sa Parole nous signale parfois les signes ! Il nous prévient, Il nous éclaire Lui-même sur les signes qu’Il nous donne.
Un signe important, nous l’entendions dans la prophétie d’Isaïe dimanche dernier à la messe, c’est celui de la Vierge qui enfante.
En cette Nuit de Noël, un autre signe nous est donné et pour que nous ne passions pas à côté sans le remarquer, l’Évangile nous dit : « Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Le signe de la Vierge qui enfante et le signe de l’Enfant né et couché dans une mangeoire ne font qu’un.
Ils nous disent qui est cet enfant, qui est sa Mère : la Vierge Marie, qui est son Père : Dieu, Lui-même et ce qu’il vient faire parmi nous.
De quoi cet Enfant, qui vient de naître dans des conditions difficiles, est-il le signe ? Il est le signe d’une bonne nouvelle qui est inséparablement une grande joie : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ».
Le signe d’un nouveau-né couché dans une mangeoire est la manifestation d’une mission et de son fondement : il est « Sauveur », c’est sa mission ; il est le « Christ », c’est-à-dire l’envoyé de Dieu pour nous sauver ; il est encore « Seigneur », c’est son identité : Dieu Lui-même. Tout cela est contenu dans le nom que reçoit cet Enfant, et que Joseph et Marie doivent lui donner : Jésus. « Tu lui donneras le nom de Jésus, c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ».
Oui, ce petit enfant est déjà le Sauveur. Bien sûr, il faudra qu’il réalise le salut par sa passion et par sa croix, – « de la crèche au crucifiement » comme nous le chantons -, mais, tout juste né, il est déjà le Sauveur, il est déjà le Christ, il est déjà le Seigneur. S’il n’était pas Dieu, il ne pourrait pas être le Sauveur.
Mystère immense, puissance infinie de Dieu qui nous sauve par un Enfant.
Essayons de recueillir la lumière offerte par ce signe. C’est toujours une grande lumière, pour aujourd’hui encore, car les ténèbres n’ont pas disparu de notre monde !
Peut-être même nous donnent-elles l’impression de s’épaissir encore !
Je ne parle pas seulement des guerres et des rumeurs de guerre, de la violence partout, de tous ceux qui veulent se faire justice eux-mêmes, de la colère qui explose pour des détails, mais aussi, par exemple de la technique qui envahit nos vies, signe d’un progrès qui par certains aspects nous aide mais qui rend aussi parfois des choses simples beaucoup plus complexes, qui accroît le nombre de nos soucis !
Nous avons l’impression d’être « augmentés », d’être plus forts, plus puissants, plus capables de tellement de choses, et dans le même temps, nous faisons l’expérience que nous ne sommes jamais plus que ce que Dieu nous a faits : des créatures à son image mais tellement faibles et pauvres … des créatures qui ont besoin d’un Sauveur.
Le monde dans lequel nous vivons nous sollicite tellement à la surface de nous-mêmes que nous en perdons parfois le goût de la vie intérieure.
Un des signes de la perte du goût de la vie, le signe le plus fondamental, le plus grave peut-être est qu’aujourd’hui, en France, nous n’aimons plus la vie, nous n’aimons plus les enfants ! Certes, ce n’est pas le cas de tout le monde heureusement, et nous avons la joie sans doute, les uns et les autres, d’avoir beaucoup d’enfants autour de nous mais, nous le savons aussi, le taux de natalité est si bas qu’il ne suffit plus à renouveler les générations.
Laissons de côté les chiffres, mais gardons la signification. Même si beaucoup veulent accueillir la vie au sein de leur foyer, beaucoup d’autres ne le font pas pour toute sorte de raisons, dont la peur peut-être, et notre société sait très bien générer la peur, par manque d’espérance. Beaucoup n’ont plus le goût à la vie, le goût de la vie, suffisamment d’amour pour transmettre la vie. Toutes leurs énergies sont occupées, mobilisées ailleurs pour d’autres soucis. Et pourtant, la Parole de Dieu, une bénédiction, demeure : « Soyez féconds, multipliez-vous » (Gn 1, 22).
Revenons à l’Enfant, à la naissance de l’Enfant qui nous sauve.
Dans notre expérience humaine, en trois circonstances au moins, nous pouvons constater que nous sommes bien vivants, que la vie fragile est bien présente ! Quand nous souffrons, quand nous aimons, et … devant un enfant.
De l’enfant, retenons ce soir deux caractéristiques : qu’il aime jouer, qu’il est doux, doux comme un agneau.
Quel émerveillement de voir un enfant jouer. Jouer parfois avec rien, avec deux petits bouts de bois, un caillou, une feuille de papier, deux brins de paille dans la crèche ! Il est alors capable d’imaginer toute sorte d’histoires et de scénarios qui nous échappent totalement mais qui occupent pleinement sa vie. Voir un enfant jouer est un merveilleux spectacle … gratuit !
Jésus enfant a nécessairement joué. Sinon il ne serait pas vraiment homme, de notre nature humaine.
Avons-nous encore le temps de regarder les enfants jouer et mieux encore de jouer avec eux ?
Oh bien sûr, les adultes savent encore jouer. Mais souvent, hélas, il joue pour de l’argent. Même le jeu devient parfois professionnel, comme on le voit dans le sport. Et c’est peut-être là que certains gagnent les sommes les plus astronomiques. Mais tous les jeux d’argent, parce qu’ils sont d’argent, ont perdu la grâce du jeu où l’addiction a bien souvent remplacé la gratuité.
Nous, adultes, nous n’avons plus le goût du jeu et surtout du jeu gratuit, signe de la vie … gratuite. Nous ne communions plus avec l’enfance. Nous préférons l’efficacité à la fécondité.
Notre monde produit beaucoup d’intelligence, surtout de l’artificielle, mais que reste-t-il de l’intelligence naturelle, de l’intelligence du cœur ? Qui voit dans l’enfant la plus grande richesse ?
Que le doux signe qui nous est donné en cette Nuit de Noël vienne toucher nos cœurs. Que l’Enfant de la Crèche nous rappelle que nous avons tous commencé enfant et que c’est en étant comme les enfants que nous entrerons dans le royaume de Dieu.
Et si pour beaucoup la vie peut être dure, que cet enfant de la crèche nous invite à être doux avec notre vie. Quand il aura bien grandi, il nous le dira : « je suis doux et humble de cœur ».
Que cette fête de Noël nous réjouisse, nous rende forts, doux et humbles. Accueillons la joie de la naissance d’un Enfant, le Sauveur, cette joie que personne ne pourra nous reprendre. Amen.
